DISCOURS DE FRÉDÉRIC MITTERRAND DES INSIGNE DE CHEVALIER À ARTURO BRACHETTI

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Discours de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, prononcé à l’occasion de la remise des insignes de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres à Arturo Brachetti.

Cher Arturo Brachetti,

Un homme, immobile et dressé comme une statue, faisant tomber un masque blanc, puis un autre et ainsi de suite, laissant place à d’innombrables pétales blancs sur la scène noire : c’est par ce tableau d’ouverture que vous avez sidéré tant de spectateurs, dès le début de vos spectacles.

1,5 seconde, c’est le temps qu’il vous suffit pour changer de visage, de personnage, d’époque, de genre, de sexe, comme dans une vidéo de transformation d’une libellule, passée en accéléré. Une performance qui figure dans le Guinness Book des records.

Roi de l’éphémère, vos talents de transformiste, magicien, mime et comédien vous valent un succès mondial. Vous faites vivre et mourir des personnages en un clignement de cils, redonnant ainsi à l’art de Leopoldo Fregoli, disparu en 1936, ses lettres de noblesse.

La fluidité déroutante avec laquelle vous passez d’un habit à l’autre parvient à faire oublier, par l’exactitude méticuleuse de vos enchaînements, les heures de préparation et la « machinerie » qui se cachent sous votre grand sourire, tout en sprezzatura, au service de l’illusion et de ses ravissements.

ChevalierMais la « machina », c’est aussi cette grande boîte noire, omniprésente dans vos spectacles, parfois travestie en théâtre de marionnettes – une boîte qu’on aimerait bien secouer, ouvrir, retourner pour comprendre les arcanes de vos tours. En coulisse, deux assistants vous tendent les costumes et les perruques, soumis à de terrifiants contrats stipulant une confidentialité absolue sur vos secrets.

Sans oublier un couturier. Vous l’avouez aux journalistes, vos spectacles c’est 50% de performance physique, 50% d’astuce dans les costumes, et le costumier québécois François Barbeau, vrai complice de votre magie, œuvre à la recherche parfois fort complexe de vos costumes de scène, qui recèlent bien des secrets.

Vous avez raison de vous comparer à une Ferrari à laquelle on change les quatre pneus en moins de quatre secondes … Pour un Italien d’origine, on en attendait rien de moins. Depuis maintenant plus de trente ans, vous avez été acclamé dans le monde entier, de Shanghai à Hollywood en passant par Londres, en commençant par un joli cabaret de la rue du Cardinal Lemoine à Paris, appelé le Paradis Latin, où vous révélez devant de nombreuses vedettes vos talents appris d’un jeune prêtre, Silvio Mantelli, qui, dans votre jeunesse italienne, vous aura initié à la prestidigitation.

Avec ce succès, vous commencez à sillonner toute l’Europe, en Allemagne pour votre spectacle FLIC FLAC, puis Londres avec Y resté durant un an à l’affiche du Piccadilly Theater où vous remportez aussi le Prix de la meilleure découverte. Quand vous revenez en Italie, c’est toujours auréolé du même succès, et les tournées se multiplient, les performances télévisées également. Sur les écrans américains, c’est votre entrée fracassante dans le Drew Carey Show que vous faites vos preuves, puis dans le personnage d’Antonio que vous incarnez durant dix épisodes dans la série Nikky.

C’est avec votre ami le metteur en scène Serge Denoncourt que vous montez le spectacle L’homme aux mille visages. Acclamé dans le monde entier, resté deux ans à l’affiche à Paris, il sera récompensé en France du Prix Molière 2000 pour le meilleur « One Man Show ». Avec votre spectacle Change, vous obtenez à Londres l’enthousiasme de la critique et serez nominé pour la catégorie « meilleur divertissement » des prestigieux Laurence Olivier Awards 2010.

Depuis 2011 et après cinq années de tournée mondiale, vous êtes revenu en France, pour présenter votre nouveau spectacle autour des héros du 7ème art, « Brachetti fait son cinéma », dans un détournement virtuose d’Autant en emporte le vent de Spider Man, de James Bond ou de Charlot.

Lutin athlétique à la houppette légendaire, âme d’enfant et magicien de l’éphémère, vous nous faites redécouvrir avec un talent exceptionnel cette émotion fondatrice de la scène qu’est le plaisir de l’illusion. Cher Arturo Brachetti, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.